Chaque année, des milliers de propriétaires oublient de réviser leur loyer, et perdent de l'argent sans jamais s'en apercevoir. D'autres appliquent un indice erroné, ou révisent un logement classé F ou G qu'ils n'ont plus le droit d'augmenter. Côté locataire, on paie parfois une hausse qui n'a aucune base légale. La révision annuelle repose sur une formule simple, mais entourée de règles précises. Voici le mode d'emploi complet, avec des chiffres sur Clermont-Ferrand, Chalon-sur-Saône, Le Creusot et Issoire.

1. Révision de loyer : ce que dit la loi

Dans une location nue à usage d'habitation (loi du 6 juillet 1989) comme dans une location meublée résidence principale, le loyer peut évoluer en cours de bail. Cette évolution s'appelle la révision. Elle ne doit pas être confondue avec deux autres mécanismes : la réévaluation d'un loyer manifestement sous-évalué au renouvellement du bail, et la fixation du loyer à la relocation. Trois situations, trois régimes.

SituationMécanismeCondition clé
En cours de bailRévision annuelle selon l'IRLClause de révision écrite dans le bail
Au renouvellementRéévaluation si loyer manifestement sous-évaluéRéférences de loyers voisins, proposition 6 mois avant
À la relocationLoyer libre, sauf zone encadrée ou zone tenduePas de gel DPE F ou G

L'immense majorité des questions concerne la première ligne : la révision annuelle. C'est elle qui fait glisser votre loyer, d'année en année, au rythme de l'inflation mesurée par l'Insee.

— Une faculté, pas une obligation

Le bailleur n'est jamais obligé de réviser. Certains propriétaires gardent volontairement un loyer stable pour fidéliser un bon locataire. C'est un choix légitime, à condition qu'il soit conscient. Le problème, c'est l'oubli : il se paie cash, et sans rattrapage possible (voir section 4).

2. L'IRL : l'indice qui fait tout

Qu'est-ce que l'IRL ?

L'Indice de Référence des Loyers est publié chaque trimestre par l'Insee. Il reflète l'évolution des prix à la consommation hors tabac et hors loyers, calculée sur les douze derniers mois. Il a remplacé en 2008 les anciens indices du coût de la construction, jugés trop volatils. Quatre valeurs sortent chaque année, correspondant aux quatre trimestres civils, généralement quinze jours après la fin de chaque trimestre.

Un indice qui a fait parler de lui

Entre 2022 et 2023, l'inflation a poussé l'IRL à des niveaux jamais vus depuis plus de dix ans. Le législateur a alors plafonné temporairement la hausse à 3,5 % par an. Ce bouclier est aujourd'hui terminé et l'indice a nettement ralenti : les révisions de 2025 et 2026 se situent sous le seuil de 1 % pour la plupart des trimestres. Un propriétaire qui révise aujourd'hui gagne donc moins que ses voisins il y a deux ans, mais il gagne encore plus que celui qui n'a rien fait.

Quel trimestre utiliser ?

C'est le bail qui décide. Il doit indiquer le trimestre de référence de l'IRL, généralement le dernier publié à la date de signature. Si le bail ne précise rien, la loi retient le dernier indice connu à la date de signature. Toute la mécanique repose sur cette mention : un bail signé le 1er novembre avec le deuxième trimestre comme référence se révisera chaque année à partir du deuxième trimestre, même si l'indice du troisième est déjà sorti.

3. Calculer sa révision, pas à pas

La formule

Elle tient en une ligne :

Nouveau loyer = loyer actuel × nouvel IRL ÷ IRL de référence

Les indices officiels sont consultables gratuitement sur le site de l'Insee. Vérifiez toujours la valeur à jour avant de calculer : les chiffres ci-dessous sont des cas d'école avec un indice de référence de 145,00 et un nouvel indice de 146,30, soit une hausse de 0,90 %.

Exemples chiffrés sur nos territoires

Ville et bienLoyer actuel (HC)Nouveau loyerGain annuel
Clermont-Ferrand · T2 de 45 m²560,00 €565,02 €~ 60 €
Chalon-sur-Saône · T3 de 62 m²480,00 €484,30 €~ 52 €
Le Creusot · T3 de 70 m²410,00 €413,68 €~ 44 €
Issoire · maison de 95 m²650,00 €655,83 €~ 70 €

Les sommes paraissent modestes, et elles le sont à l'échelle d'une année. Mais la révision est cumulative : elle s'ajoute à la base de calcul de l'année suivante. Un bailleur qui révise chaque année pendant dix ans construit un loyer sensiblement supérieur à celui d'un propriétaire qui a laissé filer, et un bien locatif se valorise aussi sur la base de ses loyers perçus. Sur un immeuble de cinq lots à Clermont, l'écart de rendement sur dix ans se chiffre en milliers d'euros.

Les erreurs de calcul qui reviennent

Une révision à sécuriser ou un loyer à fixer ?

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4. Les conditions pour réviser valablement

Une clause écrite, impérativement

Sans clause de révision dans le bail, aucune révision n'est possible, quelle que soit la bonne volonté du locataire ou l'ancienneté de la location. C'est le premier point à contrôler quand on reprend un bien avec un locataire en place, notamment lors de l'achat d'un appartement loué. Un bail rédigé sur un modèle trouvé en ligne et mal adapté peut l'avoir oubliée.

Une seule fois par an, à la date prévue

La révision ne peut intervenir qu'une fois par période de douze mois, à la date convenue dans le bail. À défaut de date précise, c'est la date anniversaire de signature (ou d'entrée en jouissance) qui s'applique.

Le piège du délai d'un an

C'est le point le plus sous-estimé. Le bailleur qui laisse passer la date de révision n'est pas définitivement déchu, mais ses droits sont strictement encadrés :

Ordre de grandeur : sur la maison d'Issoire à 650 € ci-dessus, deux années d'oubli, à indice constant, représentent environ 210 € qui ne seront jamais récupérés. Multipliez par un parc de plusieurs logements et la perte devient réelle. Aucune manœuvre ne permet de la récupérer, ni mise en demeure, ni geste commercial du locataire accepté par écrit.

Une demande simple, mais traçable

La loi n'impose pas de formalisme particulier : un courrier simple, un mail ou la mention sur la quittance suffisent. En pratique, privilégiez un écrit daté et conservé indiquant l'indice de référence, le nouvel indice et le nouveau montant. En cas de litige, c'est cette preuve qui fixe le point de départ de la révision.

— Notre pratique CBF Conseils

En gestion locative, nous planifions la date de révision de chaque bail dès l'entrée dans les lieux et la déclenchons automatiquement chaque année. Pour un propriétaire qui gère seul, la parade est simple : un rappel dans l'agenda un mois avant la date anniversaire, et le calcul fait le jour de la publication de l'indice.

5. Le gel des loyers DPE F et G

Depuis le 24 août 2022, les propriétaires de logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique ne peuvent plus augmenter le loyer en France métropolitaine. Le gel couvre :

Ce gel dure tant que le logement reste classé F ou G. Dès qu'un DPE à jour affiche un classement E ou mieux, la révision redevient possible. C'est l'un des arguments économiques les plus concrets en faveur des travaux de rénovation énergétique : sur un parc ancien du bassin minier du Creusot ou des centres-villes de Chalon, un T3 qui passe de F à D débloque à la fois la révision et la possibilité de louer au-delà de 2028. Nous détaillons l'échéancier dans notre guide DPE F et G : louer ou vendre avant 2028.

— Attention au DPE périmé

Un DPE réalisé avant juillet 2021 n'est plus valable. Un diagnostic refait peut classer le logement différemment, dans un sens comme dans l'autre. Avant de lancer une révision sur un bien ancien, vérifiez la classe énergétique en vigueur : réviser un logement gelé expose le bailleur à une contestation, voire à une restitution du trop-perçu.

6. Révision, réévaluation, encadrement : ne pas tout mélanger

La réévaluation au renouvellement

Quand le bail arrive à son terme, un bailleur peut proposer un nouveau loyer si l'actuel est manifestement sous-évalué. Il doit le faire au moins six mois avant la fin du bail, en appuyant sa proposition sur au moins trois références de loyers de logements comparables dans le voisinage (six dans les agglomérations de plus d'un million d'habitants). Si le locataire refuse, la commission départementale de conciliation puis le juge peuvent être saisis. La hausse est alors étalée, par tiers ou par sixième selon la durée du bail renouvelé. À Clermont-Ferrand, où les loyers au centre ont progressé plus vite que l'IRL ces dernières années, la réévaluation peut valoir bien plus qu'une révision classique.

L'encadrement des loyers

Dans les villes concernées par l'encadrement (Paris, Lille, Lyon, Bordeaux, Montpellier et quelques autres), le loyer est plafonné à un montant de référence majoré. Ce dispositif ne s'applique pas à Clermont-Ferrand, Chalon-sur-Saône, Le Creusot ni Issoire. Pour nos territoires, la zone tendue ne concerne que les hausses à la relocation sous certaines conditions, et la règle du gel DPE F et G prime dans tous les cas.

Et le meublé, le commerce ?

7. Côté locataire : vérifier et contester

Un locataire n'a pas à accepter aveuglément une lettre de révision. Les contrôles à faire sont rapides :

  1. La clause existe-t-elle ? Relisez le bail, rubrique « révision du loyer ».
  2. Le trimestre est-il le bon ? L'indice utilisé doit correspondre à celui du bail.
  3. Le calcul est-il exact ? Refaites la formule : un écart de quelques euros est possible, mais pas davantage.
  4. Le logement est-il classé F ou G ? Si oui, la révision est interdite.
  5. La demande est-elle dans les délais ? Passé un an, pas de rétroactivité.

En cas de désaccord, la voie amiable est la plus efficace : courrier recommandé motivé au bailleur, puis saisine gratuite de la commission départementale de conciliation, et en dernier recours le juge des contentieux de la protection. Le locataire qui cesse de payer le loyer dans son ensemble prend un risque inutile : mieux vaut régler la part non contestée en attendant la décision.

8. Les erreurs à éviter en 2026

Erreur 1 : réviser sans vérifier le DPE

La plus coûteuse. Un propriétaire qui a acheté un appartement ancien et hérité d'un bail en cours doit contrôler la classe énergétique avant toute lettre. Il en va de la validité de la révision.

Erreur 2 : confondre IRL et plafonnement exceptionnel

Le plafond de 3,5 % était une mesure temporaire, aujourd'hui expirée. Appliquer l'indice complet est donc la règle, sauf nouvelle disposition législative. Surveillez toutefois les lois de finances : le sujet du plafonnement revient régulièrement dans le débat public.

Erreur 3 : intégrer les charges dans la base de calcul

Les provisions pour charges se régularisent sur justificatifs, une fois par an. Elles n'ont rien à voir avec l'IRL, et le dépôt de garantie, lui, reste figé au montant fixé au bail.

Erreur 4 : oublier la dimension fiscale

Un loyer plus élevé augmente le revenu foncier imposable. Dans un régime de location nue, l'effet d'une révision modeste est faible, mais sur un patrimoine important il peut jouer sur la tranche marginale. Intégrez-le dans la réflexion, comme dans votre choix entre location nue et meublée, ou lors d'un travail sur le déficit foncier.

Questions fréquentes

Comment calculer la révision de loyer avec l'IRL ?

La formule est : nouveau loyer = loyer actuel × nouvel IRL ÷ IRL de référence. L'IRL de référence est celui du trimestre indiqué dans le bail. Le nouvel IRL est celui du même trimestre, un an plus tard. Les deux indices sont publiés par l'Insee.

Le propriétaire est-il obligé de réviser le loyer chaque année ?

Non, la révision est une faculté. Mais elle n'est possible que si le bail contient une clause de révision. Si le bailleur ne la demande pas dans l'année qui suit la date prévue, la révision ne prendra effet qu'à compter de sa demande, sans rattrapage du passé.

Peut-on augmenter le loyer d'un logement classé F ou G ?

Non. Depuis août 2022, la révision annuelle et l'augmentation du loyer à la relocation ou au renouvellement sont interdites pour les logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique en France métropolitaine. Le gel dure tant que le classement reste F ou G.

Le bailleur peut-il rattraper plusieurs années de révision oubliées ?

Non. Il dispose d'un an après la date de révision pour la demander, avec effet rétroactif à cette date. Passé ce délai, la révision ne vaut que pour l'avenir, à partir de la demande. Les années non réclamées sont définitivement perdues.

Comment le locataire doit-il réagir face à une augmentation trop forte ?

Il vérifie la clause de révision, l'indice de référence et le calcul. En cas d'erreur, il peut contester par courrier recommandé, saisir la commission départementale de conciliation, puis le juge des contentieux de la protection. Tant que le litige n'est pas tranché, il a intérêt à continuer de payer le loyer non contesté.

La révision s'applique-t-elle aussi aux charges et au dépôt de garantie ?

Non. L'IRL ne porte que sur le loyer hors charges. Les charges se régularisent chaque année sur justificatifs, et le dépôt de garantie reste fixé au montant du bail, sans révision pendant toute la durée de la location.